Bourlez, Fabrice (ESAD, Reims, France)

L’autre scène performative. Psychanalyse et gender studies : quitter la scène oedipienne s’en rejoindre la société du spectacle et inventer de nouveaux maniements du transfert.

Depuis la publication des travaux de Judith Butler et des théories queer en général, les questions de genre et d’identité sexuelle ont largement été thématisées en termes performatifs. Difficile de donner une définition claire et définitive du genre, mieux vaut le décrire comme un processus, quasi théâtral, un rôle, voire une parodie, à laquelle chacun serait assigné depuis sa naissance et que chacun réciterait en fonction d’idéaux normatifs ne consistant qu’à travers leurs répétitions dans les attitudes, les discours, les actes. Dans les versions les plus subversives des théories queer, le genre devient donc une sorte de « grand théâtre », où chacun pourrait jouer le rôle qui lui convient indépendamment de son sexe de naissance. Percevoir la construction des identités sexuelles à la manière d’un spectacle allège considérablement la pesanteur moralisatrice de l’ordre sexuel. Toutefois, l’inscription des sujets sur la scène performative ne doit pas se confondre avec leur pure et simple aliénation à la société du spectacle. Si le genre est construit, il ne faudrait pas qu’il devienne synonyme d’un libéralisme outrancier où, englué dans les idéaux de l’american dream, chacun vaudrait comme self-made-man, self-made-woman voire même self-made-whatever

Si l’exercice performatif du genre convoque l’écriture théâtrale, il s’agit de voir en quoi celle-ci se rattache toujours à ce que Freud appelait l’ « autre scène » : celle de l’inconscient. En ces lieux, l’on ne rencontre ni présence à soi-même, ni maîtrise, ni décision volontariste. Du coup comment la performance psychanalytique laisse-t-elle émerger le désir du sujet et le sujet du désir ? Comment l’inconscient pose-t-il moins une limite qu’il ne rend possible le performatif décliné par les gender et les queer studies ? En retour, comment les mêmes études queer ont-elle permis de cerner avec force les limites de la tragédie œdipienne quant à l’émergence du sujet et du désir ? Autant de questions qui montreront comment, loin de toute standardisation pathologisante, au croisement de la psychanalyse et des gender studies, les mots et leurs béances constituent une machine scriptoriale capable d’offrir de nouveaux horizons au maniement du transfert.

De nationalité belge, Fabrice Bourlez est docteur en philosophie (Université de Lille 3 et Université de Pise, Italie) et psychologue clinicien (Université de Paris 7). Il enseigne la philosophie et l’esthétique à l’ESAD de Reims. Il est chargé de cours à l’I. E. P. Sciences Po’ (Campus de Reims). Il est, en outre, coordinateur du pôle genre et féminisme pour le site www.nonfiction.fr.

 

Ce contenu a été publié dans Abstracts, et marqué avec par Flore Garcin-Marrou.

Pour citer cet article : Flore Garcin-Marrou, "Bourlez, Fabrice (ESAD, Reims, France)", Labo LAPS 2014. URL : http://tpp2014.com/bourlez-fabrice-esad-reims-france/

A propos de l'auteur : Flore Garcin-Marrou

Flore Garcin-Marrou est docteur en littérature française (Université Paris 4 – Sorbonne). Elle a enseigné les Études théâtrales à la Faculté libre des Sciences humaines de Lille et à l’Université Toulouse Le Mirail. Sa thèse s’intitule « Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie ». Elle est l’auteur d’articles sur le théâtre au carrefour des sciences humaines. Elle est également metteur en scène de sa compagnie « La Spirale ascensionnelle » et poursuit un travail d’expérimentation théâtrale au sein du Laboratoire des Arts et Philosophies de la Scène (LAPS).