Zerbib, David (Université de Paris 1-Sorbonne / HEAD-Genève)

La scène originaire du rapport entre philosophie, théâtre et performance.

La généalogie du rapport entre philosophie et théâtre peut être tracée en remontant aux premières formulations antiques de l’idée de philosophie, soit que l’amant de la sagesse se fût saisi de l’objet « théâtre » ou qu’il eût été engagé sur une scène du logos hors de laquelle la vérité n’aurait possédé aucune efficace. Depuis cette scène primordiale de la philosophie occidentale, nous voudrions faire apparaître un concept de performance qui viendrait répondre à l’enjeu d’une mutation des formes de l’energeia dans la pensée contemporaine, qui renvoie au problème d’une pensée en acte, au travail, ne pouvant plus fixer la valeur de ses opérations à l’aune d’une téléologie ni d’une théorie de la vérité prédéterminée. Thématisée sous l’angle d’un « jeu libre » par le postmodernisme, cette condition impose plutôt une contrainte extrême, celle de retrouver ou renouveler les forces de la pensée sur fond de destitution des formes de la vérité héritées de la tradition métaphysique. Cet enjeu s’expose magistralement sur une nouvelle « scène originaire », celle d’un célèbre colloque organisé en 1966 à la Johns Hopkins University de Baltimore, où Derrida, Barthes et Lacan donnent à la même tribune des conférences qui inaugurent ce qu’on nommera plus tard la French theory, et que nous proposons d’identifier autrement, à partir précisément du problème d’un certain rapport entre forme et force dans la pensée. Au cœur des discours comme dans leurs marges – à travers notamment les questions posées aux orateurs par le directeur de compagnie et futur fondateur des Performance Studies Richard Schechner – la performance apparaît comme le lieu théorique d’une convergence historique autant que de malentendus profonds entre présence incarnée, efficacité linguistique et événement du signe.

David Zerbib, membre du laboratoire « Culture, Esthétique et Philosophie de l’Art » de l’Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, enseigne la Philosophie de l’art à la HEAD – Haute Ecole d’Art et de Design de Genève. Il a publié récemment (avec A. Citron et S. Aronson-Lehavi) : Performance Studies in Motion. International Perspectives and Practices in the twenty-first century, Londres, Bloomsbury, coll. Methuen Drama, 2014.

Ce contenu a été publié dans Abstracts, et marqué avec , par Flore Garcin-Marrou.

Pour citer cet article : Flore Garcin-Marrou, "Zerbib, David (Université de Paris 1-Sorbonne / HEAD-Genève)", Labo LAPS 2014. URL : http://tpp2014.com/zerbib-david-universite-paris-1-sorbonne-head-geneve/

A propos de l'auteur : Flore Garcin-Marrou

Flore Garcin-Marrou est docteur en littérature française (Université Paris 4 – Sorbonne). Elle a enseigné les Études théâtrales à la Faculté libre des Sciences humaines de Lille et à l’Université Toulouse Le Mirail. Sa thèse s’intitule « Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie ». Elle est l’auteur d’articles sur le théâtre au carrefour des sciences humaines. Elle est également metteur en scène de sa compagnie « La Spirale ascensionnelle » et poursuit un travail d’expérimentation théâtrale au sein du Laboratoire des Arts et Philosophies de la Scène (LAPS).