Morisset, Thomas (ENSAD, France)

Rythme et présence dans un espace théâtral numérique

La présente communication se veut le pendant théorique d’un travail artistique en cours à l’École nationale supérieure des Arts Décoratifs, où nous développons une pièce de théâtre faisant usage, certes, d’acteurs physiques, mais également d’avatars. Par ce terme, il faut entendre les entités figuratives et localisées dont l’utilisateur se sert pour se déplacer et agir dans un espace numérique simulé. La problématique centrale de ce projet est de nature phénoménologique : comment faire pour que les corps des avatars, rigides, de pixels, puissent véhiculer eux aussi ce sentiment de présence qui marque les performances réalisées avec nos corps physiques ? Une première partie de notre communication sera donc consacrée à un éclaircissement de ce concept, notamment en discutant sa thématisation par Yves Bonnefoy. Partant de l’évidence du déficit de corporéité des avatars, la tâche de mise en scène doit donc être, non pas d’inventer des artifices pour simuler la présence physique, mais d’inventer les conditions d’une présence propre à l’espace numérique. Il nous semble que celle-ci soit à chercher du côté des mouvements non naturalistes, soit aberrants au regard des possibilités physiques de nos corps, soit ritualisés, à l’image de certaines dramaturgies orientales. En croisant ces résultats avec des théories de la technique, principalement celles de Walter Benjamin, et leurs reprise dans le récent livre de Stéphane Vial sur la phénoménalité du numérique, nous aimerions montrer en quoi l’espace numérique est avant tout un espace rythmique et non visuel. Contre Vial, une telle position revient aussi à affirmer qu’un tel espace est autant, sinon davantage, esthétique que technique, faisant ainsi de la performance théâtrale une véritable propédeutique à l’exploration philosophique des potentialités du numérique.

Thomas Morisset prépare actuellement une thèse de philosophie de l’art consacré à l’expérience esthétique des jeux vidéo. Parallèlement, il est étudiant-chercheur à l’ENSAD où il travaille sur l’utilisation des avatars et des environnements numériques dans le théâtre. Directeur de la « Compagnie du Quart de Siècle » il a récemment traduit, adapté et porté à la scène sa vision des Grenouilles d’Aristophane.  Derniers articles parus : « Quelle poétique de la main dans les jeux vidéo ? », in Entrelacs, 10, Toulouse, Université de Toulouse II Le Mirail (dir. : A. Robles, J. Savelli) ; “Petite apologie de la violence pure dans les jeux vidéo”, in Postures, 19, Montréal, Université du Québec à Montréal, 2014.

Ce contenu a été publié dans Abstracts, et marqué avec par Flore Garcin-Marrou.

Pour citer cet article : Flore Garcin-Marrou, "Morisset, Thomas (ENSAD, France)", Labo LAPS 2014. URL : http://tpp2014.com/morisset-thomas-ensad-france/

A propos de l'auteur : Flore Garcin-Marrou

Flore Garcin-Marrou est docteur en littérature française (Université Paris 4 – Sorbonne). Elle a enseigné les Études théâtrales à la Faculté libre des Sciences humaines de Lille et à l’Université Toulouse Le Mirail. Sa thèse s’intitule "Gilles Deleuze, Félix Guattari : entre théâtre et philosophie". Elle est l’auteur d’articles sur le théâtre au carrefour des sciences humaines. Elle est également metteur en scène de sa compagnie "La Spirale ascensionnelle" et poursuit un travail d’expérimentation théâtrale au sein du Laboratoire des Arts et Philosophies de la Scène (LAPS).